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Blog : " Le blog psy "

Rêver sur les rêves

Article créé le 23/08/2011 - 14h29 et mis à jour par Roland Pec, psychologue et somnologue le 23/08/2011 - 14h29
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30.000 ans (au bas mot) de questionnement sur les rêves - les peintures rupestres en attestent. Une bonne centaine d’années de recherche scientifique. Déjà un jubilé pour la découverte du sommeil paradoxal, un des principaux équivalents neurophysiologiques du rêve. Que sait-on finalement aujourd’hui sur les rêves?

Et, singulièrement, est-on capable de répondre à cette question toute simple: rêver, ça sert à quoi?

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Quoiqu’issus d’une démarche empirique, les savoirs dont nous disposons actuellement sur les rêves ne constituent qu’un corpus de théories, de croyances. Même si, à l’évidence, certaines croyances sont un peu plus scientifiques que d’autres…

 

Le rêve, dans la perspective classique de la psychologie dynamique (issue de la métapsychologie freudienne), est une production mentale nocturne, ayant pour fonction de traiter un vécu émotionnel potentiellement insupportable. De quel vécu s’agit-il? La souffrance psychique nocturne peut avoir trois sources. La première a trait à une préoccupation de type existentiel, liée à la problématique actuelle dans le cycle de vie (qui empêche en quelque sorte de dormir sur ses deux oreilles). La seconde est liée à un souci récent du quotidien ("The remains of the day", pour reprendre le titre d’un joli film). La dernière enfin est tout simplement attachée à la condition même de l’homme endormi (expérience angoissante, teintée d’un sentiment de  perte de contrôle, d’abandon, d’impuissance et même de mort - rappelons à cet égard que Thanatos est le frère jumeau d’Hypnos) ; Cocteau ne disait-il pas que "le sommeil n’est pas un lieu sûr"? Au matin, le traitement reste inachevé. Le travail sur les rêves, lorsqu’il est entreprit en psychothérapie, consiste dès lors à poursuivre - de jour - cette mentalisation.

 

Freud a le grand mérite d’avoir fait du travail sur le rêve le noyau de sa cure psychanalytique. "Un rêve non interprété, c’est comme une lettre non lue", "les songes n’ont aucune valeur dans leur sens littéral" et "nul ne peut comprendre son rêve sans interprète" rapporte la sagesse juive. Freud invente la méthode des "associations libres", invitation à l’inflation des représentations mentales, qui permet d’interpréter les rêves d’une façon ouverte et ontologique, c.-à-d. centrée sur la biographie du rêveur. Cependant, la méthode freudienne a ses limitations. D’abord, en tant qu’interprétation, elle est à la recherche d’une signification véritable (le contenu latent). Ensuite, elle est strictement rétrospective: elle se propose d’élucider des vérités du passé (un désir sexuel infantile, la plupart du temps). Dans ce processus, elle emprisonne donc, à son insu, la mentalisation du patient dans une sorte d’entonnoir. C’est la méthode Sherlock Holmes: enquêter, relever des indices, remonter la piste et trouver le coupable (le désir inconscient).

 

A l’instar des phénoménologues de la première moitié du XXème siècle, de nombreux thérapeutes pensent de nos jours que donner sens à un rêve consiste moins à débusquer une vérité du passé qu’à ouvrir des portes sur le futur (afin de résoudre des difficultés du présent). Il s’agit tout à la fois d’une approche prospective et constructiviste. "Co-constructiviste" devrait-on dire, puisque le sens d’un rêve va naître, au cours de la séance, à l’intersection de l’histoire du patient et de celle du thérapeute. En aucun cas comme une vérité. Mais comme une hypothèse de travail, opératoire, fruit du mariage de deux rêveries, de la formation d’un isthme entre deux esprits, qui n’a pour objet que d’aider à rendre plus supportable un vécu émotionnel insupportable. La machine à fabriquer des objets mentaux ainsi activée, la mentalisation prend son envol, dans une sorte d’entonnoir renversé. Et plus on s’éloigne du rêve, plus on se rapproche de sons sens. C’est la méthode anti-Sherlock!

 

Freud disait que "le rêve est le gardien du sommeil". Ce qu’il entendait par là, c’est que le rêve se charge de traiter (par une satisfaction hallucinatoire du désir) la perturbation affective qui menace, sans cela, de réveiller le dormeur. Aujourd’hui, on est presque tenté de retourner l’adage, tant le rêve apparaît comme primordial. Le sommeil fait dès lors figure de simple gangue abritant un inestimable diamant. La pierre brute du traitement mental. Et le rôle du thérapeute s’apparente dès lors à celui du tailleur, affinant la pierre afin d’en exprimer toute sa richesse.

 

Les techniques de taille sont multiples, mais au-delà des techniques, ce qui importe le plus, c’est la merveilleuse mise en résonance de deux appareils psychiques, celui du patient et celui du thérapeute, autour d’un contenu onirique, et au sein de la relation particulière que l’on noue en psychothérapie ("transfert/contre-transfert", "résonnance"...).

 

Qu’on se le dise: rêver et, plus encore, rêver sur les rêves, est probablement l’une des activités mentales les plus raffinées et productives de l’être humain!

 

www.rolandpec.org

Billet initialement publié le 23/08/2011 - 14h29 et mis à jour par Roland Pec, psychologue et somnologue le 23/08/2011 - 14h29
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