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Interview : violences domestiques, 1 femme sur 5

Publié par Isabelle Eustache, adapté par C. De Kock, journaliste santé le 20/04/2004 - 00h00
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La violence conjugale concerne une femme sur trois et a de nombreuses conséquences sur leur état de santé, ainsi que sur celui de leurs enfants. Chaque mois, des femmes décèdent à la suite de violences domestiques. Comment sortir de cet engrenage ?

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En Europe, 4 millions de femmes subissent cette violence en privé. Nous avons interrogé Mlle O.Giavarini de l'association francaise "Accueil Femmes Solidarité" (AFS), dont l'objectif est de prévenir et lutter contre les violences domestiques, en accueillant, soutenant et orientant les femmes qui en sont victimes.

e-sante : Les femmes osent-elles enfin parler de ce qu'elles endurent ?

Mlle O. Giavarini : Il y a une très forte augmentation du nombre de femmes venant à notre association pour briser le silence, chercher de l'aide et des informations. En 2003, AFS a traité 2.741 situations de violences domestiques, contre 1.911 en 2002, et 1.846 en 2001. Cela ne veut pas dire qu'il y a davantage de femmes victimes de violences conjugales et/ou familiales qu'avant. Simplement, ce phénomène est resté longtemps un sujet tabou, banalisé et minimisé. Et comme les violences intrafamiliales font partie à la fois du domaine public (responsabilité et sensibilisation de la société) et privé, cette ambiguïté a longtemps rendu leur traitement délicat. En effet, cette violence se caractérise surtout par son invisibilité : si la victime ne se déclare pas, il est difficile de la repérer et de la secourir. Mais aujourd'hui, les femmes victimes sont plus nombreuses à dénoncer ce qu'elles vivent au quotidien, à chercher des solutions pour fuir un foyer ou une personne violente et à sortir de leur isolement. Des campagnes nationales ont été lancées, tandis que des projets et des rapports ont été établis au niveau européen. Les femmes victimes ont moins honte, culpabilisent moins, ou encore prennent conscience plus tôt de la gravité potentielle des coups ou des insultes. Elles connaissent également mieux leurs droits. Ainsi, il est primordial de réagir aux premiers signes, car la violence et ses cycles ont des conséquences sanitaires plus difficiles à combattre à mesure que le temps avance.

e-sante : Comment lutter ? Que conseillez-vous aux femmes ?

Mlle O. Giavarini : Tout d'abord, même si la décision de fuir n'appartient qu'à elle, une femme victime ne peut lutter seule contre la violence d'une personne qui lui est proche et chère. Elle doit impérativement chercher du secours et des conseils auprès d'associations spécialisées ou de travailleurs sociaux. Le parcours vers l'autonomie est toujours long et semé d'embûches. La violence domestique est un engrenage progressif, qui suit une escalade entrecoupée de périodes de " lune de miel ", pendant lesquelles la femme excuse ou se remet en cause. Les épisodes de violences se succèdent de plus en plus fréquemment et de plus en plus intensément. La personne qui la maltraite, l'isole, l'affaiblit, la dénigre et prend peu à peu possession de sa volonté. De plus, une femme victime, en raison de son attachement initial à la personne qui la violente, ou bien en raison de la peur des représailles et des menaces, quitte son foyer pour y retourner à plusieurs reprises. Ce fait a tendance à décourager son entourage, qui ne connaît pas et ne comprend pas ces allers et retours. Ainsi, le meilleur moyen de lutter est de partir dès le(s) premier(s) signe(s). Une seule gifle acceptée est une invitation à recommencer. Enfin, il est rare que la violence cesse de la part de l'auteur et de manière définitive. Il appartient à la victime de casser ce cercle indéfini.

Publié par Isabelle Eustache, adapté par C. De Kock, journaliste santé le 20/04/2004 - 00h00
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