Vivre avec le visage d’un autre…

Mise à jour par Kathleen Mentrop, journaliste santé le 22/09/2015 - 09h18
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Le 27 novembre 2005, à Amiens, la première greffe de visage (partielle) profitait à Isabelle Dinoire, défigurée par son chien. Depuis, une trentaine d’autres patients ont bénéficié de cette opération. Mais comment se déroule-t-elle ? Qui est candidat à une greffe de visage ? Quels sont les risques ?

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Greffe de visage, une reconstruction particulière

Les techniques classiques de reconstruction du visage font appel soit à des tissus vivants prélevés sur le corps du patient, transplantés et modelés sur la tête, soit à des prothèses artificielles en silicone, appelées épithèses. La greffe du visage, quant à elle, est une opération qualifiée d’allo-transplantation, ce qui signifie que les tissus utilisés pour la reconstruction proviennent du visage d’un donneur décédé. La greffe du visage peut être partielle (on prélève par exemple le triangle « nez-lèvres-menton ») ou totale. Les tissus prélevés sur le donneur sont greffés sans être remodelés et sont reconnectés un à un aux structures correspondantes, intactes, du visage du receveur. Les éléments greffés incluent la peau, les muqueuses de la peau, les muscles, parfois les os, et toujours les nerfs et les vaisseaux qui sont nécessaires à la survie du transplant.

 

Les conditions pour bénéficier d’une greffe de visage

Les greffes du visage restent des opérations d’exception. Elles ne sont envisagées que lorsque le patient présente des dégâts sévères et étendus – suite à un traumatisme ou à une malformation congénitale, par exemple –, qui ne peuvent être réparés par une procédure de reconstruction classique. Le visage est divisé en différentes unités faciales (front, nez, joues, lèvres, paupières, menton, oreilles). Ce n’est que lorsque les dégâts concernent plusieurs unités faciales situées les unes à côté des autres (les deux lèvres et le nez, par exemple) et entraînent des handicaps fonctionnels significatifs que la greffe du visage peut être envisagée. La survie du greffon impose en effet un traitement immunosuppresseur à vie pour prévenir les risques de rejet. Mais ce traitement expose aussi le malade à des complications médicales significatives (risques plus élevés d’hypertension, d’insuffisance rénale, de diabète). De plus, il réduit considérablement la résistance face aux cancers ainsi qu’aux infections virales et bactériennes. C’est pourquoi la greffe de visage ne peut être envisagée pour corriger une défiguration liée au traitement chirurgical mutilant d’un cancer, car l’immunosuppression favoriserait la récidive rapide de ce cancer.

 

Initialement publié par Kathleen Mentrop, journaliste santé le 22/09/2015 - 09h18 et mis à jour par Kathleen Mentrop, journaliste santé le 22/09/2015 - 09h18

Pr Benoît Lengelé, chef de service en chirurgie plastique aux Cliniques universitaires Saint-Luc.

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