Le Dacron est un matériau utilisé dans l'industrie textile. Alors comment a-t-il atterri dans les genoux des sportifs? Retour sur une aventure qui s'est avérée vaine.
L'entrée des ligaments en Dacron en médecine sportive remonte au début des années 80. A l'époque, les médecins virent effectivement débarquer un grand nombre de patients qui présentaient tous la même blessure: rupture du ligament croisé du genou. Pourquoi une telle épidémie? Dans certaines disciplines comme le ski, elle était liée aux innovations matérielles. Pour d'autres, il fallait incriminer l'intensité de la pratique et la multiplication des rencontres (rugby, football, etc.). A cela s'ajoutait le fait que l'homme n'est pas doté d'un genou particulièrement bien adapté aux mouvements en pivot qu'exige la pratique de certaines disciplines. Chaque fois que l'on tente de se retourner avec le pied fixé dans le sol, on exerce une forte traction sur un ligament croisé antérieur, plutôt gracile, et donc mal armé pour résister à de telles forces. Le pauvre! Il a été conçu pour marcher et courir dans le cadre d'activités comme la chasse que pratiquaient nos lointains ancêtres. La nature n'avait pas pensé aux contraintes du slalom à ski et aux reprises de volée en football.
En plus d'être fragile, ce ligament placé au coeur de l'articulation souffre d'un défaut d'irrigation et guérit difficilement en cas de déchirure. Pour le réparer, il faut souvent recourir à la chirurgie. Diverses techniques de ligamentoplastie ont ainsi fait leur apparition au fil du temps, notamment la célèbre opération de MacIntosh, dont beaucoup de sportifs portent encore la trace aujourd'hui sous la forme de longues cicatrices. Problème: cette intervention était difficile à réaliser et impliquait une longue phase de rééducation qui pouvait durer jusqu'à un an. Une chose difficilement acceptable dans le sport de haut niveau que caractérise traditionnellement une extrême impatience. D'où l'idée de gagner du temps en posant un ligament artificiel en Dacron. Plus besoin d'aller prélever un bout de fascia lata ou de détourner un faisceau du tendon rotulien. On plaçait le ligament sous arthroscopie et on promettait au sportif de pouvoir fouler à nouveau les terrains quelque trois à quatre mois plus tard.
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