Surconsommation d’antibiotiques : ce qu’on ne vous dit pas !

Mise à jour par Hélène Joubert journaliste scientifique le 03/02/2017 - 09h50
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Il existe un double effet négatif de la surconsommation d’antibiotiques : non seulement les infections par des bactéries devenues multirésistantes à cause de l’abus d’antibiotiques sont devenues difficiles voire impossibles à traiter pour certaines, mais cette multirésistance rend aussi les infections plus fréquentes !
 

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Usage immodéré des antibiotiques : la double peine !


On sait qu'un usage immodéré desantibiotiques entraîne l'apparition de bactéries qui y résistent, et sont donc très difficiles à élminer. Ces infections sont mortelles plusieurs milliers de fois par an en Belgique. Et il existe un autre effet, pervers et peu connu, de la multirésistance des bactéries, c’est à dire des bactéries résistantes à plusieurs familles d’antibiotiques (tuberculose multirésistante etc.) : les infections qu’elles causent sont fréquentes, elles aussi !
Comme pour les staphylocoques dorés (Staphylococcus aureus) (1), cela vient d’être démontré aussi pour les entérobactéries multirésistantes (2). Cette famille inclut les colibacilles, c’est à dire l’espèce Escherichia coli, principale bactérie responsable des infections urinaires (cystites) et parfois de septicémies.
En Europe, le nombre de septicémies à Escherichia coli multirésistants a augmenté entre 2002 et 2008 de 30% par an alors que le nombre de septicémies à Escherichia coli multisensibles (contre lesquelles plusieurs antibiotiques sont efficaces) n’a augmenté que de 6% par an (1).
Pr Vincent Jarlier, du Service de Bactériologie et d'Hygiène Hospitalière (GH Pitié-Salpêtrière – Charles Foix, Paris) : « Il s’agit de l’effet « Boyce » du nom du chercheur qui l’a mis en évidence en 1983 (1). Responsable d'infections localisées cutanées, des os et des articulations et, dans certains cas extrêmes, de septicémies, le staphylocoque doré est à l’origine d’infections plus difficiles à traiter lorsque les souches sont multirésistantes. De plus, de manière surprenante, les infections à staphylocoques dorés multirésistantes ne remplacent pas mais se surajoutent aux infections à souches sensibles ».
Lutter contre les bactéries multirésistantes permet donc de réduire le nombre d’infections tout court.
On comptabilise plus de 10 000 infections à bactéries multirésistantes en Belgique chaque année, ce qui entraîne des nombreuses difficultés thérapeutiques et allonge les durées d’hospitalisation.

Comment limiter la résistance aux antibiotiques ?


    • Tout d’abord, réduire de manière drastique sa propre consommation d’antibiotiques et l'antibiothérapie à tout va. A noter, la consommation d’antibiotiques chez l’animal est phénoménale, loin devant celle de l’Homme.
    • Il faut aussi diminuer la transmission de bactériesau sein de la population, humaine, entre les animaux, et entre les animaux et l’homme (parmi les éleveurs), par une amélioration de l’hygiène. Cette « transmission croisée » se produit au sein des familles, à l’école, dans les crèches, à l’hôpital, mais aussi dans les troupeaux, à partir des innombrables bactéries du tube digestif (flore fécale), de la bouche et du nez (flore rhino-pharyngée), de la peau (flore cutanée).
    • Pr Vincent Jarlier : « Des mesures simples du quotidien sont importantes pour limiter la transmission croisée des bactéries (et des virus !) : se laver les mains après un passage aux toilettes, après avoir éternué ou s’être mouché, avant de préparer de la nourriture. Utiliser des solutions hydroalcooliques dans les établissements de santé et aussi à la maison est un moyen commode et rapide de limiter cette transmission. »
L’autre mode de transmission croisée est plus sournois et tout aussi essentiel à contrer. Il s’agit du passage des bactéries des flores fécales de chacun d’entre nous dans les eaux usées, puis dans les stations d’épuration, puis de leur « recyclage » au sortir de ces stations (épandage agricole des résidus des stations, rejet des eaux des stations…).
Cette « pollution bactérienne » de l’environnement -d’origine humaine et animale- dissémine des bactéries résistantes aux antibiotiques qui reviennent alors jusqu’à l’Homme par le biais de l’alimentation et des eaux. Mieux traiter les eaux usées et les rejets humains et d’élevages est du ressort des pouvoirs publics, en Belgique et au niveau mondial.
 
Initialement publié par Hélène Joubert journaliste scientifique le 04/11/2015 - 14h17 et mis à jour par Hélène Joubert journaliste scientifique le 03/02/2017 - 09h50

(1) THe Journal of Infectious Disease. Vol 148 N°4 octobre 1983 ; (2) Clin Microbiol Infect. 2013 Sep;19(9) : 860-8. * conférence de presse de Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes le 22 septembre 2015

D’après un entretien avec le Pr Vincent Jarlier, du Service de Bactériologie et d'Hygiène Hospitalière (GH Pitié-Salpêtrière – Charles Foix, Paris) suite aux 1ères Journées de Réflexion Pluridisciplinaires sur ce thème, en juillet dernier (Paris).

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