Le supplément de lycopène reçu à coup de tomates ?

Publié par Nicolas Rousseau, diététicien nutritionniste le 25/11/2003 - 00h00
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Les hommes amateurs de recettes tomatées sont moins exposés au risque de cancer de la prostate. On a longtemps pensé que le lycopène était le principal moteur de cette protection. Mais il n'agirait pas seul…

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Le lycopène est un puissant antioxydant, de la famille des caroténoïdes (comme le bêta-carotène ou provitamine A de la carotte…), présent en grandes quantités dans les tomates. Ce pigment donne la belle couleur rouge au fruit. Mieux assimilé cuit, la meilleure source de lycopène n'est donc pas l'aliment brut… mais bien les produits tomatés cuisinés : potage, sauce, Ketchup, jus, bolognaise, concentré, etc. L'épidémiologie a suggéré à maintes reprises les avantages du lycopène dans la lutte contre le cancer de la prostate chez l'homme. Et comme toujours dans ces cas-là, la main de l'homme extrait la substance miracle pour la formuler sous forme de suppléments, supposés être beaucoup plus actifs. Des dizaines de milliers d'Américains en font déjà l'usage quotidien…Cette approche montre à nouveau ses limites comme en témoigne une nouvelle étude.

Toujours la même salade

Des chercheurs de l'Université de L'Illinois, dans l'Ohio, viennent de jeter un fameux pavé dans la mare en publiant des données obtenues à long terme chez l'animal. Selon eux, le lycopène ne serait qu'UN facteur dans la réduction du risque de cancer de la prostate. Sa présence dans le tissu prostatique et dans le sang des hommes et des animaux non malades reflète bien une exposition au lycopène…mais aussi à d'autres composés " X " du fruit, qui agissent probablement en synergie avec le pigment.Cette hypothèse est tirée d'une expérience menée pendant 14 mois chez des rongeurs soumis chimiquement au cancer de la prostate. Les animaux ont recu soit un régime contrôle (sans trace détectable de lycopène), soit le régime contrôle avec un supplément de lycopène (aux mêmes dosages que ceux donnés chez l'homme) soit le régime contrôle mélangé à de la poudre de tomate entière (avec pépins et peau), dix fois moins riche en lycopène.

La tomate voit rouge

En fin d'étude, les animaux nourris avec la poudre de tomate ont montré une plus longue survie sans cancer de la prostate que les deux autres groupes. Leur risque de décéder des suites de ce cancer était abaissé de 26 % face aux contrôles alors que les rongeurs supplémentés en lycopène ne présentaient pas un meilleur bilan de santé que les animaux non traités… A la question de savoir quels composés interagissent avec le lycopène, il n'y a toujours pas de réponses.Cette étude qui, bien évidemment, demande des confirmations chez l'homme (celles-ci sont en bonne voie…), interpelle à nouveau sur l'usage inconsidéré et trop vite systématique des compléments nutritionnels. Une nouvelle molécule est à peine identifiée, qu'elle fait déjà l'objet de brevets pour sa mise sous capsule !C'est oublier que la tomate, et tous les aliments en général, sont en réalité des entités complexes où chaque ingrédient a son rôle à jouer, en synergie avec les autres composants. Mais il est vrai qu'il est difficile de mettre une tomate sous forme galénique…Abonnez-vous gratuitement à la newsletter e-santé !Site Fédération Belge contre le Cancer

Publié par Nicolas Rousseau, diététicien nutritionniste le 25/11/2003 - 00h00 Boileau TWM et al. J Natl Cancer Inst 2003 ;95 :1578-86
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