Saturnisme : la maladie des enfants défavorisés

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Le plomb ne joue aucun rôle dans notre organisme. Sa présence correspond donc toujours à une contamination. Il pénètre dans l'organisme par voie digestive, par ingestion d'écailles de peinture, ou par voie respiratoire, par inhalation des poussières atmosphériques contaminées. Si l'intoxication aiguë est exceptionnelle, le dépistage précoce des intoxications chroniques doit être une priorité de santé publique. En France, la lutte contre l'intoxication par le plomb est une priorité sanitaire et les pouvoirs publics ont pris ces dernières années une série de mesures visant à réduire le saturnisme : application de la norme de la qualité de l'eau (taux en plomb de 10 µg/l au lieu de 50 µg/l) conformément aux directives européennes, élaboration de plans départementaux de prévention du saturnisme lié à l'habitat, mise en oeuvre de procédures d'urgence pour éviter l'intoxication des enfants dans les logements dangereux.

Peintures au plomb : ces anciennes peintures, notamment la peinture à la céruse, utilisées comme revêtement jusqu'au milieu du 20ème siècle, se dégradent avec le temps et l'humidité. Les écailles et les poussières dégagées sont alors sources d'intoxication. Les jeunes enfants sont ainsi particulièrement à risque car chez eux, l'absorption digestive (lorsqu'ils portent les écailles à leur bouche) et l'inhalation du plomb sont beaucoup plus importantes que chez l'adulte. De plus, leur capacité d'élimination rénale est faible et leur cerveau en pleine croissance est plus sensible au toxique. Travaux de réhabilitation de logements anciens : ils libérent des poussières de plomb en grande quantité. Anciennes canalisations d'eau en plomb : elles existent encore à l'intérieur des vieux logements et peuvent contaminer l'eau du robinet. Dans certaines régions, l'eau de distribution peut-être une source de contamination si elle dissout le plomb présent dans les canalisations anciennes. Cette source de contamination devrait disparaître grâce à la déminéralisation des eaux et à l'élimination des conduits en plomb. Essence plombée : c'est pourquoi les pouvoirs publics ont pris des mesures de limitation de la concentration en plomb dans les carburants. Avec l'abandon progressif de l'essence plombée, l'émission de plomb dans l'atmosphère a considérablement diminué. L'alimentation : la contamination des aliments par le plomb est principalement due aux retombées de la pollution atmosphérique et à la contamination des sols qui touchent en priorité les végétaux. Cependant, les valeurs moyennes de plomb retrouvées dans les aliments ne dépassent généralement pas les valeurs limites admises. Maladie professionnelle : les corps de métier les plus touchés sont les employés des mines de plomb, les soudeurs, émailleurs et étameurs, les peintres (décapage des anciennes peintures au plomb) et les garagistes (par la calamine).

  • Etre vigilant vis-à-vis des jeunes enfants. Les empêcher de gratter les écailles de peinture et d'en mettre à la bouche. Leur apprendre à se laver les mains plusieurs fois par jour.
  • S'assurer du nettoyage régulier des zones dégradées. Dans les logements anciens, le nettoyage humide et fréquent permet d'éviter la dissémination des poussières dans les locaux.
  • Se protéger en cas de travaux dans les logements vétustes. Les occupants et les ouvriers du bâtiment doivent prendre des précautions pour éviter la dissémination de poussières ou d'écailles.

Existence de signes cliniques. Ceux-ci sont souvent insidieux et banaux :

  • constipation, vague douleurs abdominales, retard scolaire , troubles de l'attention et du sommeil, pâleur liée à une anémie.
  • des troubles du comportement, avec pertes de mémoire, agitation, irritabilité, troubles du sommeil ;
  • un retard intellectuel chez l'enfant ;
  • des trouble de la vision;
  • des gencives recouvertes d'un liseré bleu, appelé liseré de Burton, caractéristique de l'intoxication au plomb ;
  • une constipation et des douleurs abdominales ;
  • une anémie ;
  • une atteinte du rein ;
  • des coliques (appelées "coliques de plomb") ou de violentes douleurs abdominales, accompagnées de vomissements et de diarrhées ;
  • des signes de polynévrite avec paralysie de certains muscles de l'avant-bras et de la main ;
  • des convulsions, parfois même un coma.
  • une hypertension artérielle, pouvant se manifester par des maux de tête et des vertige ;
  • Enfant résidant dans un logement insalubre ou récemment rénové,
  • et/ou présentant un portage oral important,
  • et/ou fréquentant un bâtiment contaminé,
  • et/ou vivant auprès d'un sujet intoxiqué (père ouvrier du bâtiment ramenant à la maison des vêtements et poussières d'origine professionnelle).

Le médecin interroge l'enfant et son entourage pour rechercher les sources possibles de contamination et déterminer l'existence de facteurs de risque. A l'examen, les signes sont rarement très nets. Parfois, sont retrouvés une pâleur de la peau, un ballonnement de l'abdomen, des troubles du comportement (agitation, irritabilité, difficultés de concentration) ou des troubles du sommeil. Le diagnostic de saturnisme est posé grâce aux examens sanguins. Le dosage du taux de plomb dans le sang (plombémie) permet de confirmer l'intoxication. On considère qu'il y a intoxication chez un enfant lorsque la plombémie est supérieure à 150 µg/100ml. La numération formule sanguine révèle souvent une anémie. Les conséquences du saturnisme sont recherchées par un bilan biologique sanguin et rénal, des radiographies des genoux à la recherche de signes témoignant de l'accumulation de plomb au niveau des cartilages de conjugaison et une évaluation du développement psychomoteur.

Il consiste d'abord à éliminer le plomb de l'organisme sous une forme non toxique. Pour cela, on dispose de chélateurs (neutralisants), produits capables de mobiliser le plomb fixé dans les tissus. Le traitement se fait à l'hôpital en cures discontinues d'une semaine, jusqu'à ce que le plomb soit éliminé du tissu osseux. Ce traitement ne sera institué qu'en cas de plombémie élevée et après un bilan médical complet. Tout diagnostic de saturnisme doit entraîner un dépistage de l'intoxication chez les personnes partageant le même logement, et notamment les frères et soeurs. La prise en charge doit également concerner l'environnement. En fonction de la gravité du cas et du contexte, les services compétents municipaux ou départementaux peuvent prendre des mesures d'éviction : réhabilitation du logement ou relogement. Dans l'immédiat, il est important d'empêcher l'enfant d'accéder aux zones à risque.

Publié par <a href="/taxonomy/term/19071" hreflang="fr">Dr Sylvie Coulomb</a> le 02/09/2002 - 02h00 FMC Hebdo N° 113. 08/05/2001. Saturnisme infantile et médecine générale. M. Ledrans et J. Boudot. "Surveillance du saturnisme en France. Bilan des activités de dépistage", Rapport RNSP-DGS, janvier 1998. Décret n° 99-483 du 9 juin 1999 relatif aux mesures d'urgence contre le saturnisme. Journal Officiel N° 133, 11 juin 1999.
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