L'obésité, synonyme de pauvreté...

Publié par Nicolas Rousseau, diététicien nutritionniste le 07/12/2004 - 00h00
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Autrefois, être gros allait souvent de pair avec fortune et richesse. Aujourd'hui, l'obésité est beaucoup plus répandue dans les classes sociales défavorisées, avec un faible niveau d'éducation. Analyse d'un phénomène de société.

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D'après l'European Community Household Panel, en 1999, la Belgique comptait près de 13 % d'individus appartenant au groupe présentant un risque majeur de pauvreté, c'est-à-dire dont les revenus sont inférieurs à 60 % du revenu médian. Concrètement, cela signifie que 13 % de la population ne dispose pas d'un revenu équivalent à 8.531 euros sur une base annuelle pour une personne isolée. Pour un ménage composé de 2 adultes et de 2 enfants, ce montant est de 17.915 euros par an ou de 1.493 euros par mois. Le chômage élève le risque de pauvreté de 42%, alors qu'il n'est que de 4 % chez les travailleurs. Enfin, les pensionnés sont aussi exposés à un risque de pauvreté plus élevé (18%). Cette triste réalité économique a aussi des répercussions sur l'alimentation. C'est en effet parmi cette population que l'on retrouve statistiquement le plus de personnes obèses.

Trop d'énergie pour quelques euros

L'alimentation de la personne vivant dans des conditions précaires est globalement trop riche en calories. Qualitativement, elle comporte trop de graisses, trop de graisses saturées et trop de viandes transformées (saucisse, pâté, salaisons…), beaucoup de féculents raffinés (pain blanc, riz blanc…) ou d'intérêt nutritionnel moindre (frites, croquettes…). Les achats en fromage, en poisson et en fruits et légumes sont aussi limités au strict minimum.La raison du porte-monnaie l'emporte en effet rapidement sur la notion d'alimentation équilibrée. D'une part, les aliments riches en énergie sont bon marché et ont généralement une bonne palatabilité (sensation agréable en bouche). Pauvres en eau et donc légers à transporter (ce qui évite le gaspillage), ils débordent des caddies.A l'opposé, les aliments plus sains sont plus chers et donc peu accessibles en cas de précarité, du moins en milieu urbain. Enfin, le répertoire alimentaire est aussi plus faible dans les couches sociales à bas revenus, si bien que l'on y mange généralement les mêmes aliments, à intervalles réguliers.

Quelles sont les solutions ?

Pour respecter les apports nutritionnels recommandés et satisfaire les besoins d'une femme à 1.800 kcal, certaines modélisations alimentaires, conduites notamment en France, concluent qu'il faut dépenser au minimum 3,60 euros par jour. Or, une personne sous le seuil de pauvreté dispose en moyenne de 2,50 euros par jour pour se nourrir et encore moins, si elle a des enfants.Une amélioration des connaissances en nutrition permettrait d'atténuer l'impact négatif des contraintes budgétaires, à condition que les personnes soient favorables à un changement alimentaire. Il est en effet possible de choisir des aliments à bon rapport qualité nutritionnelle/prix, par exemple les légumineuses, les poissons en conserve ou même, dans les marques " premier prix " de la distribution.Un travail d'éducation est donc vraiment indispensable à ce niveau, mais aussi sur le plan collectif et politique, pour qu'une alimentation équilibrée soit aussi accessible à tous…

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Publié par Nicolas Rousseau, diététicien nutritionniste le 07/12/2004 - 00h00 Source : Panorama du médecin, dossier nutrition, 25 octobre 2004, page 38.
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