Mémoire : il faut savoir la mettre au repos

Publié par Isabelle Gayrard-Auzet le 08/08/2017 - 17h02
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Prendre des vacances, c’est se mettre au repos sur les plans physique et mental. Après des mois d’activité soutenue, nous offrons à notre cerveau une phase de récupération. Ce repos bénéfique pour notre mémoire est en réalité loin d’être une phase inerte pour le cerveau…

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Au repos, le mode de réseau par défaut

L’activité du cerveau est un phénomène qui s’observe grâce à l’imagerie médicale. Au début des années 2000, des chercheurs américains ont mis en évidence, lorsque le cerveau était au repos, l’activation d’un réseau spécifique dans les régions médianes du cerveau, que l’on appelle mode de réseau par défaut.

Comme l’explique le Pr Francis Eustache, neuropsychologue, « la moindre stimulation de l’individu qui se remet à focaliser alors son attention le fait sortir automatiquement de ce mode et réactive le réseau des tâches positives. »

Lorsque nous nous reposons, notre mémoire s'organise

L’activation du mode de réseau par défaut est un processus très important pour l’équilibre psychique. Il remplit trois fonctions particulières :

  • Il fait office de « sentinelle ». Il permet au sujet de surveiller l’environnement de façon diffuse, sans effort d’attention, par économie : il serait épuisant de surveiller constamment de façon active son environnement
  • Il procure une activité cognitive interne telle que la mémoire autobiographique, la capacité de projection vers l’avenir ou la mise en œuvre de l'imagination.
  • Il permet la planification des tâches, et la consolidation de la mémoire : synthèse, restructuration, réorganisation.

Le réseau du mode par défaut est aussi déstructuré dans nombre de pathologies neuropsychiatriques telles que la maladie d'Alzheimer (destruction du réseau du mode par défaut), la schizophrénie (réseau du mode par défaut suractivé), ou l’autisme (non-diminution de l'activité du MPD lors de réalisations de tâches).

Le cerveau au repos pendant les vacances

La période des vacances est particulièrement propice à ce lâcher prise bénéfique. « On se tourne vers soi, vers ses pensées internes, vers son passé (mémoire autobiographique), on fait des projections pour son futur, on se tourne vers une pensée artistique, imaginative, pas toujours très structurée » continue le Pr Eustache.

Les écrans qui envahissent tous les moments de repos empêchent l’activation du mode de réseau par défaut, ce qui représente un danger pour le cerveau. Surtout chez les enfants, qui ont besoin de vraie tranquillité, c’est-à-dire d’une suspension de tous types de stimulations intellectuelles et cognitives, et bien sûr d’une quantité suffisante de sommeil.

Il faut savoir mettre son cerveau en roue libre…

Exemples d’activation du réseau du mode par défaut :

• Dans la voiture, lorsque l’on conduit tranquillement sur autoroute en période calme, lorsque tout va bien. Le cerveau est en mode par défaut. Dès qu'un danger se présente (un véhicule qui s’approche, des travaux, un changement sur la voierie, des embouteillages…), le réseau du mode par défaut s’interrompt. 
• En randonnée, en course à pied ;
• Dans le train lorsqu’on regarde le paysage distraitement ;
• Pendant la sieste, lorsqu’on laisse son esprit vagabonder, dans sa chaise longue ou sur son lit…

Alors, tous à vos transats, et n’oubliez pas que se reposer, c’est chouchouter sa mémoire, mais c’est aussi retrouver un certain degré salutaire de liberté ! Et c'est avoir suffisamment rechargé ses batteries pour offrir une mémoire disponible au rush de la rentrée.

Publié par Isabelle Gayrard-Auzet le 08/08/2017 - 17h02

Conférence de presse de l’Observatoire B2V des Mémoires du 11 juillet 2017 : « Pourquoi notre cerveau et notre mémoire travaillent même au repos ? »
D’après un entretien avec le Pr Francis Eustache, Neuropsychologue, Président du conseil scientifique de l'Observatoire B2V des mémoires et Directeur d’Etudes à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (EPHE)
http://www.observatoireb2vdesmemoires.fr/ 
Et avec le Pr Roland Jaffard,  Neurobiologiste, Professeur émérite à l’Université de Bordeaux, institut de Neurosciences Cognitives et intégratives d’Aquitaine.
Etudes publiées : R. L. Buckner, J. R. Andrews-Hanna et D. L. Schacter, « The Brain's Default Network: Anatomy, Function, and Relevance to Disease », Annals of the New York Academy of Sciences, vol. 1124, no 1,‎ 2008, p. 1–38 (PMID 18400922,DOI 10.1196/annals.1440.011).
« Is meditation associated with altered brain structure? A systematic review and meta-analysis of morphometric neuroimaging in meditation practitioners, vol. 43, ., 48–73 p. (DOI 10.1016/j.neubiorev.2014.03.016, lire en ligne : http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0149763414000724 = revue « Pour la science », juillet 2010

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