Incontinence anale

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L'appareil sphinctérien, qui joue le rôle principal dans la continence, comprend les sphincters interne et externe. Le sphincter interne est presque toujours en contraction. Il empêche les petites pertes et aide à discerner un gaz qu'on peut laisser aller d'une selle que l'on veut retenir. Pour ne pas déféquer, on contracte aussi le sphincter externe et le muscle pubo-rectal. Les hémorroïdes (dilatation des veines de l'anus et du rectum), en jouant le rôle de petits coussins vasculaires, sont aussi très importantes pour prévenir l'incontinence. Puisque chaque composante du mécanisme de continence peut se dérégler, en partie ou complètement, l'incontinence anale n'est pas toujours facile à traiter. Certes, on ne meurt pas d'incontinence anale, mais cette affection reste traumatisante. Le nombre exact de cas d'incontinence anale reste inconnu parce que les gens sont gênés de consulter. Certaines personnes sont même portées à s'isoler et, dans les cas extrêmes mais heureusement très rares, ce comportement peut mener à l'hospitalisation dans un établissement pour malades chroniques. En outre, l'incontinence anale est souvent associée à l'incontinence urinaire, ce qui perturbe encore plus la personne atteinte. Il y a quatre types d'incontinence anale : Incontinence vraie

  • selles normales qui s'échappent sans qu'on s'en aperçoive ou sans qu'on puisse les retenir ;
  • parfois accompagnée d'incontinence urinaire.
Incontinence de trop-plein
  • selles liquides, difficiles à retenir.
Incontinence de stress
  • besoin impérieux d'aller à la selle très rapidement ;
  • selles souvent plutôt liquides.
Incontinence partielle
  • passage involontaire de mucus (liquide transparent, visqueux et filant) ou de gaz, rarement de selles ;
  • présence de sang ou de mucus dans les sous-vêtements.

Causes communes aux quatre types d'incontinence anale

  • Maladies neurologiques, telles que la sclérose en plaques, le spina bifida et le diabète de longue date. Ce dernier entraîne une perte de sensibilité au niveau de l'anus, donc une diminution des contractions musculaires pour retenir les selles. Le diabète peut aussi changer la consistance des selles (selles plus liquides), car l'intestin devient plus excitable.
  • Affections des intestins, comme la maladie de Crohn (maladie inflammatoire du tube digestif) et le syndrome de l'intestin irritable (association de troubles digestifs - douleurs, ballonnements, troubles du transit - sans cause organique).
  • Utilisation abusive de laxatifs.
Incontinence vraie
  • Affaiblissement du plancher pelvien. Le plancher pelvien est constitué de trois muscles qui ont pour fonction de soutenir la vessie et les intestins, de même que l'utérus chez la femme. L'affaiblissement du plancher pelvien est un problème typiquement féminin, d'une part parce que les muscles ont davantage d'organes à supporter et, d'autre part, parce que les accouchements, les épisiotomies ou déchirures du périnée et la chute du taux d'hormones à la ménopause nuisent à la tonicité de ces muscles. Lorsque l'intestin est plein et se dilate, il pousse sur le plancher pelvien. Si celui-ci n'a pas assez de tonus, il est incapable de retenir les selles.
  • Vieillissement. Il entraîne une baisse de la coordination des mécanismes de continence.
  • Accident vasculaire cérébral. L'atteinte du cerveau occasionne un dérèglement de l'élimination intestinale et urinaire.
  • Déchirure majeure de l'anus. L'accouchement provoque parfois une déchirure du périnée jusqu'à l'anus, tout comme les relations sexuelles anales ou l'insertion d'un corps étranger dans l'anus (p. ex. vibrateur).
  • Détérioration du mécanisme sphinctérien. Les relations sexuelles anales ou les corps étrangers dans l'anus risquent, de plus, d'endommager le mécanisme sphinctérien. Les épisiotomies qui s'infectent peuvent également provoquer un traumatisme sphinctérien.
  • Prolapsus rectal. Chez les personnes âgées, surtout les femmes qui ont un affaiblissement du plancher pelvien, il arrive que le rectum ou l'anus sortent hors du corps (prolapsus rectal), les muscles n'étant plus assez forts pour les maintenir en place. Ce phénomène se caractérise par la sortie de masses rondes et rouges, qui peuvent devenir très grosses (parfois jusqu'à atteindre la taille d'un pamplemousse), au moment de la défécation ou tout simplement lorsque la personne se penche ou s'accroupit. Ce problème est habituellement non douloureux et les organes se replacent souvent d'eux-mêmes s'ils ne sont pas trop enflés. Mais, à force de se produire, le prolapsus rectal finit par dilater les sphincters, qui ont alors de la difficulté à retenir les selles. Le rectum et l'anus peuvent alors rester sortis du corps en permanence.
Incontinence de trop-plein
  • Constipation. Le ralentissement du transit intestinal se produit chez les personnes qui ne boivent pas assez. Des fécalomes (selles dures bloquées dans le rectum ou dans le côlon) peuvent alors se former, ne laissant le passage qu'à des selles liquides, difficiles à retenir.
Incontinence de stress
  • Diarrhée du voyageur ou turista. Elle est causée par une intoxication alimentaire survenant souvent lors d'un voyage. La fatigue, le décalage horaire et le simple changement alimentaire contribuent aussi au problème.
  • Gastroentérite. Cette diarrhée est due à un virus ou à une bactérie. Elle s'accompagne habituellement de vomissements, de fièvre et de frissons.
  • Chirurgies du rectum. Les opérations pour les cancers du rectum, les interventions pour corriger une proctite (inflammation du rectum) ainsi que les anastamoses (réunion chirurgicale de deux parties de l'intestin) peuvent entraîner de l'incontinence.
  • Radiothérapie. Toutes les radiations faites dans la région génitale (traitement d'un cancer de la prostate, de l'anus, du rectum ou cancer de l'utérus) risquent de causer de l'incontinence de stress parce qu'elles entraînent une hyperdilatation du rectum.
Incontinence partielle
  • Vieillissement.
  • Hémorroïdectomie (ablation chirurgicale des hémorroïdes).

  • Bien s'alimenter. La consistance des selles est importante pour la continence ; personne ne peut retenir des selles trop liquides. Si vos selles sont diarrhéiques, réduisez d'abord votre consommation de fibres (céréales au son de blé, pain complet, légumes, fruits et légumineuses) que vous réintroduirez progressivement par la suite. Par contre, si vous souffrez d'incontinence de trop-plein, ne réduisez pas les fibres, car elles favoriseront votre transit intestinal et vous aideront à produire des selles molles et pâteuses. Les pommes, les fraises, les pruneaux et les dattes évitent aussi la constipation en régularisant le transit.
  • Boire de l'eau. Une bonne hydratation est essentielle pour prévenir la constipation. Buvez au moins six verres d'eau par jour.
  • Diminuer la consommation de caféine. Le café, le thé, les boissons gazeuses, le chocolat et les épices peuvent causer du prurit (démangeaisons) dans la région anale. Le grattage risque alors de provoquer de petites lésions qui pourraient s'infecter et entraîner une diminution de la sensibilité de l'anus. Sentant moins venir les selles, l'appareil sphinctérien se contracte plus difficilement et l'incontinence s'installe progressivement. Si vous êtes sujet aux démangeaisons anales, réduisez encore plus votre consommation de caféine.
  • Renforcer le plancher pelvien. Les épisiotomies peuvent causer une incontinence vraie, à cause de la perte de tonicité du plancher pelvien. Pour éviter l'épisiotomie, faites des massages du périnée afin de lui garantir une certaine souplesse et d'éviter les déchirures lors de l'accouchement. Pratiquez également l'exercice de Kegel, qui est très efficace pour renforcer le plancher pelvien. Il est aussi très simple : chaque fois que vous urinez, retenez-vous quelques secondes, à une ou deux reprises, pendant la miction. Vous pouvez aussi contracter les muscles pelviens à n'importe quel moment de la journée.
  • Modifier vos activités sexuelles. Évitez les pénétrations dans l'anus.
  • Éviter les laxatifs. Si vous êtes constipé, commencez par consommer des fruits et des légumes et par boire beaucoup d'eau. Les laxatifs vendus en pharmacie provoquent des contractions intestinales qui, sur un intestin bloqué, augmenteront la douleur sans faire évacuer les selles. Évitez aussi les herbes trop laxatives, comme le séné, qu'on trouve dans certaines tisanes.
  • Ne pas rester trop longtemps aux toilettes. Rester longtemps assis sur les toilettes fait descendre et étire les muscles du plancher pelvien, entraînant leur affaiblissement à long terme. En outre, cela risque de provoquer une congestion veineuse, qui fait ressortir les hémorroïdes. Aussi faut-il s'abstenir de lire aux toilettes !

Vous avez de la difficulté à retenir vos selles.

Le médecin procédera à un examen clinique complet (incluant le toucher rectal) et recueillera les informations pertinentes. Il posera des questions relatives aux habitudes du patient : passe-t-il beaucoup de temps sur les toilettes ? Force-t-il beaucoup pour évacuer ses selles ? A-t-il des relations sexuelles anales ? Etc. Pour préciser le diagnostic, certains tests pourront être nécessaires, comme une anuscopie ou une rectoscopie (inspection interne de l'anus ou du rectum avec une petite lampe) et un lavement baryté (radiographie du côlon après introduction d'une substance radio-opaque par le rectum). Au besoin, le médecin aura recours à des examens plus sophistiqués.

Incontinence vraie et incontinence partielle . Ces deux types d'incontinence se traitent par de la physiothérapie et par des techniques de relaxation (biofeedback). La physiothérapie consiste en une série d'exercices qui renforcent le plancher pelvien et remettent en état l'appareil sphinctérien. Les techniques de relaxation sont une forme de rééducation douce qui vise à améliorer la continence grâce à des exercices de stimulation permettant aux nerfs sensitifs du rectum et de l'anus de retrouver leur sensibilité. Incontinence de trop-plein Un lavement et des suppositoires sont nécessaires pour évacuer les fécalomes. Ensuite, une bonne hydratation et un supplément de fibres sont recommandés pour prévenir la formation d'autres fécalomes. Les fibres absorbent l'eau que l'on boit, ce qui augmente la grosseur des selles et déclenche le réflexe nature d'évacuation. Incontinence de stress Cette forme d'incontinence peut être traitée à l'aide de médicaments antidiarrhéiques. Dans certains cas, tels le syndrome de l'intestin irritable, la maladie de Crohn et les chirurgies du rectum, un supplément de fibres peut également être prescrit. Les chirurgies correctrices de l'incontinence anale Cinq techniques chirurgicales peuvent être envisagées dans les cas de problèmes persistants, surtout d'incontinence vraie. Le choix d'une chirurgie dépend de l'état du patient et de l'expertise du médecin.

  • Dans la cure du prolapsus rectal, qui peut se faire par voie abdominale ou périnéale, le chirurgien fixe le rectum ou l'anus pour les empêcher de ressortir après chaque selle ou après un léger effort.
  • La réparation des sphincters consiste à resserrer le muscle pubo-rectal. Les résultats immédiats semblent acceptables, mais, après trois ou quatre ans, le tout risque de se relâcher. On doit donc souvent recommencer. La chirurgie peut aussi corriger les déchirures survenues lors de traumatismes (post-accouchement, pénétration anale).Cela donne de bons résultats à court et à moyen terme. Mais, ici encore, après quelques années, les sphincters risquent de s'affaiblir de nouveau ;
  • La transposition d'un muscle de la cuisse autour de l'anus est une méthode assez récente, réservée à des centres très spécialisés.
  • La pose d'un sphincter artificiel (pompe qui contracte le canal anal et que le patient doit dégonfler pour laisser passer les selles) demeure encore une technique expérimentale.
  • Le chirurgien peut aussi recourir à la colostomie, c'est-à-dire l'installation d'un anus artificiel sur l'abdomen (sac de plastique) qui, dans la plupart des cas, règle définitivement le problème.
Initialement publié le 31/05/2001 - 02h00 et mis à jour par <a href="/taxonomy/term/19381" hreflang="fr">Dr Serge Dubé, Chirurgien, Hôpital Maisonneuve-Rosemont, Montréal</a> le 01/08/2005 - 02h00 Guide familial des symptômes sous la direction du Dr André H. Dandavino - Copyright Rogers Media, 2005
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