Les gardes trop longues provoquent une augmentation des erreurs médicales

Publié par Isabelle Eustache, adapté par C. De Kock, journaliste santé le 23/11/2004 - 00h00
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Les cadences de travail effrénées des internes en médecine sont sources d'un risque supplémentaire d'erreurs médicales graves. La démonstration est faite aux Etats-Unis, où les internes des services de réanimation travaillent encore par périodes de plus de 24 heures. Le nombre d'erreurs graves est multiplié par 5,8…

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Des études démontrent régulièrement les dangers que représentent les cadences de travail élevées pour la sécurité des patients et des médecins. Pourtant, aux Etats-Unis par exemple, les internes des services de réanimation travaillent toujours près de 85 heures par semaine, avec des gardes dépassant les 24 heures.

Une étude menée à l'Université de Harvard aux Etats-Unis a vérifié si l'adoption d'un nouvel emploi du temps pouvait modifier certains paramètres essentiels de vie des internes : durée totale de travail, de sommeil (en garde et hors garde), des périodes d'inattention (mesurées par l'apparition de mouvements oculaires spécifiques de l'endormissement) et incidences des erreurs médicales (gestes techniques, diagnostic et traitement).

Deux plannings de gardes hebdomadaires ont été comparés. L'un, conventionnel, consistait à travailler le 1er jour de 7h à 15h, le 2e jour (incluant une nuit de garde) allant de 7h jusqu'à 15h le lendemain (soit jusqu'au 3e jour) et le 4e jour de 7h à 15h. L'autre emploi du temps, rendu possible grâce à l'affectation d'un interne supplémentaire dans le service, consistait à travailler le 1er jour de 7h à 15h, le 2e jour de 7h à 21h, le 3e jour de 21h jusqu'à 15h le lendemain (4e jour) et le 5e jour de 7h à 15h.

On l'aura compris, avec ce second emploi du temps, l'interne n'enchaîne pas une nuit de garde après avoir travaillé toute la journée. Quant à la durée totale de travail hebdomadaire, elle n'est plus de 85 heures, mais de 65 heures. Le temps de sommeil est lui plus important, passant de 46 heures à 52 heures. De plus, avec ces nouveaux horaires, les internes avaient pris l'habitude de faire une sieste dans l'après-midi précédant leur garde de nuit.

Au final, les internes suivant l'emploi du temps conventionnel avaient un risque d'endormissement deux fois plus important lorsque la nuit de garde était précédée d'une journée de travail. Le nombre d'erreurs graves était également plus élevé, avec un risque multiplié par 5,8 !

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Publié par Isabelle Eustache, adapté par C. De Kock, journaliste santé le 23/11/2004 - 00h00 New England Journal of Medicine, vol 351, 28 octobre 2004.
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