Cet obscur objet du désir

Publié par Gilles Goetghebuer, journaliste santé le 09/11/2004 - 00h00
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A force d'accorder toutes les vertus au sport, on en arrive parfois à exagérer son importance. Exemple avec une étude américaine qui prête au sport les mêmes qualités que le Viagra.

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Des chercheurs au New England Research Institute of Watertown, institut privé du Massachusetts, ont eu l'idée de mettre en relation le sport et la vigueur sexuelle. Pour ce faire, ils ont distribué le même questionnaire à 593 hommes âgés de 40 à 70 ans, à neuf années d'intervalle. Au départ, aucun des sujets ne souffrait d'impuissance. Neuf ans plus tard, ils étaient 17%. En dépouillant les résultats, on a constaté que ces nouveaux impuissants étaient tous sédentaires. Les auteurs ont ainsi conclu que le sport mettait à l'abri des pannes sexuelles et même évalué la dépense physique minimale pour entretenir la fonction érectile: soit 200 calories par jour ou environ 3 kilomètres de marche rapide. Selon le Docteur Carol Derby, tête pensante de cette étude: "Les sédentaires sont des sujets à haut risque d'impuissance". Ces résultats rejoignent ceux d'un sondage mené en Belgique par les laboratoires Pfizer (qui commercialisent le Viagra) sur 799 hommes âgés de 44 à 70 ans. Celui-ci montrait que le pourcentage des hommes qui éprouvaient des troubles érectiles de facon régulière ou occasionnelle baissait, de 45% dans la population générale, à 28% chez les sportifs. Notez que, pour les auteurs, 20 minutes d'activité physique suffisaient pour être considéré comme sportif.

Laissez le charme agir!

Forts de ces résultats, les chercheurs envisagent de nouveaux travaux pour déterminer le type d'exercice le plus favorable à l'entretien de la vigueur sexuelle: musculation? force? endurance? Et d'évaluer ensuite si le sport se contente de prévenir l'impuissance ou s'il peut également la guérir. Cela peut paraître idiot, mais cette étude a suscité nombre de réactions favorables parmi les urologues. Parmi eux, l'éminent professeur Drogok Montague, chef de service à la "Cleveland Clinic Foundation" qui a déclaré: "Le sport ne peut être considéré comme un traitement de l'impuissance. Mais l'exercice aérobie a des conséquences bénéfiques sur l'état des artères, ce qui explique son retentissement sur la fonction érectile". C'est le genre d'assertion qui, sans être totalement fausse, nous paraît dangereuse. Surtout lorsqu'elle est reprise sans les précautions d'usage par l'ensemble des médias. On imagine déjà les cohortes de quinquagénaires bedonnants qui, aux premiers signes d'une érection défaillante, se mettront à marcher consciencieusement leurs trois kilomètres par jour. Or, rien ne permet de croire qu'ils résoudront ainsi leurs problèmes. Il faut se méfier des relations de cause à effet qui pourraient tout aussi bien être lues dans l'autre sens. Les sujets de l'étude font-ils de meilleurs amants parce qu'ils font du sport ou font-ils du sport parce qu'ils sont plus épanouis sexuellement? A moins, bien sûr, que les deux activités ne soient que les conséquences d'une troisième explication ayant trait à l'état du réseau artériel. Faire du sport et faire l'amour requièrent effectivement un appareil circulatoire en bon état et l'on pourrait comprendre que ceux qui échouent régulièrement dans l'une de ces activités échouent aussi dans l'autre. Enfin, la dernière raison pour laquelle il faut se méfier de ces diktats pseudo-scientifiques, c'est qu'ils font totalement abstraction du contexte de la relation amoureuse, envisagée uniquement sous l'angle d'une performance. Or, c'est souvent cette obsession mécanique qui est à l'origine des problèmes. L'impuissance guette à chaque fois que le devoir l'emporte sur le désir! Alors, aux 17 % d'impuissants de l'étude du Docteur Derby, un conseil: oubliez au plus vite ces calculs d'apothicaire où l'on additionne des calories et des millilitres de semence et laissez-vous guider par vos émotions. Sportives et amoureuses!

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Publié par Gilles Goetghebuer, journaliste santé le 09/11/2004 - 00h00 Sources: Les résultats de l'étude sont parus dans le volume 164, de la revue Urology Journal au mois d'août 2000. ADAM (Assessment of Diseases in Aging Men), par l'Université de Gand et l'Université Libre de Bruxelles.
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