Le cerveau et la tumeur cérébrale : les idées reçues

Publié par Brigitte Bègue, journaliste santé le 03/02/2016 - 15h58
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Opérer le cerveau sans endormir le patient, lui enlever une tumeur cérébrale dans la zone du langage sans lui retirer la parole... C’est possible et fascinant. Le Pr Hugues Duffau, neurochirurgien français lauréat de la médaille Herbert-Olivecrona, l’équivalent du prix Nobel de neurochirurgie, raconte son expérience dans un livre, « L’erreur de Broca », qui balaie les idées reçues. E-santé l'a interviewé.

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On peut opérer le cerveau d’un patient éveillé

Vrai. Le Pr Duffau opère des patients atteints de gliome en utilisant la chirurgie cérébrale éveillée depuis 1997. Le but : enlever le plus possible de cerveau infiltré par la tumeur en préservant toutes les facultés du patient. Une anesthésie générale lui est administrée le temps d’ouvrir sa boîte crânienne, c’est tout. « Le cerveau n’a pas de récepteurs de la douleur donc on peut opérer sans endormir, la personne n’a pas mal », explique le neurochirurgien.

Quand le patient se réveille, un neuropsychologue et une orthophoniste lui font faire des tâches précises (bouger, parler, comprendre, mémoriser...) pendant que le praticien sonde la surface de son cerveau avec un stimulateur électrique afin de déterminer l’architecture des réseaux neuronaux en action pour chaque fonction étudiée. « Si le patient ne répond plus correctement à un test ou qu’il dit « un voiture » au lieu de « une », je marque la zone d’une petite étiquette pour me rappeler qu’il ne faut rien enlever à cet endroit crucial » explique le Pr Duffau.

Après l’ablation, 99% des patients reprennent une vie active.

A une zone du cerveau correspond une fonction

Faux. Cette idée a plus de 150 ans et vient de l’analyse par un médecin français, Paul Broca, du cerveau d’un de ses patients décédé qui était incapable de parler et sur lequel il a trouvé une lésion dans le cortex frontal gauche qu’il a jugé être à l’origine de son handicap. Cette observation, reposant sur l’idée qu’à une zone du cerveau correspond une fonction spécifique, est érigée en vérité scientifique absolue depuis 1861.

Selon le Pr Duffau, cette vision « localisationniste » du cerveau est dépassée : « J’ai opéré beaucoup de patients ayant une tumeur dans la "zone du langage" et ils n’ont aucun problème de langage ni avant ni après l’intervention. Ce qui signifie que cette zone n’est pas l’épicentre capital du langage. Le cerveau n’est pas divisé en zones indépendantes mais organisé en réseaux interactifs dynamiques capables de s’adapter en permanence. Il faut évoluer vers une vision “connexionniste”, plus globale ».

Publié par Brigitte Bègue, journaliste santé le 03/02/2016 - 15h58

Entretien avec le Pr Hugues Duffau, neurochirurgien oncologue au CHU de Montpellier et auteur de « L’erreur de Broca : pour en finir avec 150 ans d’erreurs sur le cerveau », édition Michel Lafon.

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