Dans les sports d'opposition directe, et surtout en tennis de table, être gaucher constitue un avantage. Explications.
Dans la société, la proportion de gauchers oscille entre 1 sur 10. Or cette proportion est légèrement supérieure dans le sport. Ainsi, on recense actuellement, 30% de gauchers dans l'élite du tennis de table et jusqu'à 50% en escrime. En tennis aussi, quelques-uns des meilleurs joueurs de l'histoire appartiennent aussi à cette grande famille (*). A commencer par le meilleur d'entre eux aujourd'hui, un certain Rafael Nadal. Sur le sujet, deux hypothèses se rejoignent: l'une très savante et l'autre dictée par le simple bon sens. Commençons par la savante et rappelons qu'entre le corps et le cerveau, les commandes sont inversées. L'hémisphère gauche du cerveau commande le côté droit du corps et vice versa. Les deux faisceaux de fibres en provenance de la masse cérébrale se croisent effectivement à la base du cerveau pour constituer la moelle épinière. On sait par ailleurs que les tâches cognitives se répartissent elles aussi de manière très différente entre cerveau gauche et cerveau droit. De façon schématique, on attribue à l'hémisphère gauche la fonction du langage tandis que l'hémisphère droit excelle dans des épreuves qui font appel à la discrimination visuelle, à l'évaluation des distances et à la construction dans l'espace de différentes formes à deux ou trois dimensions. L'avantage du tennisman gaucher serait alors de traiter l'information et la commande du geste au sein du même hémisphère, le droit en l'occurrence, alors que le droitier devrait d'abord utiliser son cerveau droit (prise de repères) pour basculer ensuite l'information à gauche (commande du geste) ce qui lui ferait perdre à chaque fois entre 1 et 3 centièmes de seconde.
Jolie démonstration. Mais l'autre explication -la plus simple- s'avère aussi probante. La sur représentation des gauchers parmi l'élite résulte sans doute aussi du fait qu'ils jouent plus souvent contre des droitiers, qui sont en majorité. Les droitiers, eux, rencontrent forcément moins souvent des gauchers. Résultat: quand ils se rencontrent, les droitiers n'ont pas l'habitude de jouer contre des gauchers, et sont donc défavorisés. Ce qu'a très bien compris Roger Federer. A l'approche des grandes confrontations contre Nadal en 2007, il avait choisi comme partenaire d'entraînement, le jeune Jonathan Eysseric dont la principale caractéristique est d'être gaucher, précisément!
Gilles Goetghebuer, journaliste santé
16/12/2008
(*) Voici les noms de quelques-uns des tennismen gauchers les plus célèbres: Jimmy Connors, Patrice Dominguez, Guy Forget, Goran Ivanisevic, Petr Korda, Rod Laver, Henri Leconte, John McEnroe, Thomas Muster, Greg Rusedski, Roscoe Tanner, Guillermo Vilas.
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